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A Insan’niya, nous croyons profondément dans les ressources et la capacité de transformation qui existe en chaque individu et que seule une approche humaniste peut permettre.
Ces capacités se développent d’autant plus que l’enfant puis l’adulte dispose des conditions lui permettant d’actualiser ces ressources pour vivre une vie épanouissante et pleine de sens. Bienveillance, amour, écoute, empathie, ces qualités si essentielles pour que l’enfant développe un sentiment de sécurité qui fera de lui plus tard un adulte autonome et connecté à sa force de vie…
C’est ce que nous disait déjà Carl Rogers il y a un siècle…
Carl Rogers est un psychologue humaniste américain, également pédagogue et chercheur. Il est une des figures majeures de la psychologie américaine du XXème siècle. Dans le contexte des Etats-Unis où la psychologie était dominée par le behaviorisme et l’approche expérimentale et la psychiatrie par la psychanalyse, il a ouvert une troisième voie, en élaborant une nouvelle démarche de psychothérapie nommée « Approche centrée sur la personne ». Cette démarche repose sur quelques principes fondamentaux: chaque personne a la capacité de se développer et de s’auto-diriger. La philosophie de Rogers pourrait tenir en ces mots:
Chaque individu est unique. Il détient au plus profond de lui sa propre vérité, sa vie et le tracé potentiel de son chemin, qu’aucune science du psychisme ne peut enfermer… Il peut accéder à ses ressources s’il se sent compris, accepté, non jugé. »
Fondamentalement enthousiaste et optimiste sur la nature humaine, il considère que «La nature fondamentale de l’être humain, quand il fonctionne librement, est constructive et digne de confiance.»
La relation d’aide, que ce soit dans le domaine de la thérapie ou de la formation, est d’abord une relation entre deux personnes, une rencontre humaine authentique. Et c’est la qualité de cette relation, plus que le recours à des techniques, qui favorise la faculté de croissance du sujet.
Mais qui était Carl Rogers et qu’est-ce qui, dans son enfance et son parcours, l’a mené à bâtir cette approche novatrice et humaniste de la relation d’aide ?
Né en 1902 dans la banlieue de Chicago au sein d’une famille nombreuse, Carl Rogers reçoit de ses parents une éducation très stricte, empreinte des valeurs religieuses du protestantisme associées à la vertu du travail. Il a 12 ans lorsque ses parents décident de déménager à la campagne pour y exploiter une ferme selon les dernières techniques de pointe, son père étant ingénieur. C’est là que le jeune Carl commence à s’intéresser à la Nature, au vivant et son évolution, passion qu’il va garder toute sa vie. Toute son activité postérieure sera marquée par « ce premier intérêt passionné pour les méthodes expérimentales de l’agriculture et de l’élevage » Son quotidien se caractérise dès lors par un double travail : le travail scolaire et celui de la ferme, qu’il sait accomplir en parfaite autonomie. Autonomie et responsabilité sont deux qualités qui seront plus tard au cœur de son approche.
A 20 ans, il a l’opportunité de faire un voyage de groupe de 6 mois en Chine ; ce périple va profondément influencer sa vie. Il découvre d’autres manières de vivre qui développent sa liberté de penser et sa confiance en son intuition.
Féru de lecture, il s’intéresse à de nombreux domaines. Après avoir commencé des études d’agronomie puis de théologie, il trouve finalement sa voie dans la psychologie et plus tard dans l’enseignement de cette matière.
C’est lorsqu’il est âgé de 25 ans et qu’il travaille au sein d’un institut pour la protection de l’enfance qui le met en contact avec des délinquants qu’il développe une manière très personnelle de mener ses entretiens. Dans les premiers temps, il applique les méthodes en vigueur basées sur les statistiques. Mais ces méthodes où l’avis du patient et la dynamique de la personnalité du patient ne sont pas considérées lui paraissent rapidement limitées. Il lui semble que les résultats superficiels obtenus proviennent du fait que les jeunes sont dirigés vers une solution connue du psychologue, mais sans sollicitation de leur avis ou vécu. Il trouve ainsi une approche qui lui est propre pour aborder ses patients. Il s’inspire notamment de sa rencontre avec Otto Rank, dont il apprécie la façon d’entrer en relation avec le patient, de personne à personne, et non en tant qu’expert (posture tout à fait inédite pour l’époque). Se fiant de plus en plus à sa propre expérience, la pratique de Rogers évolue. Il met en œuvre une forme de psychothérapie innovante, qui va connaître un succès mondial considérable: l’Approche Centrée sur la Personne. Il publie le résultat de ses recherches (en lien avec sa pratique) dans plusieurs ouvrages considérés comme fondamentaux: Relation d’aide et psychothérapie (1942), Client-Centered Therapy (1951) et le célèbre Le développement de la personne (1961).

Comme nous allons le voir, cette approche a révolutionné le monde de la psychothérapie, mais pas seulement: en effet, elle trouve de nombreuses autres applications, notamment dans les secteurs de l’éducation, l’enseignement, la médiation, la santé et l’accompagnement social.
En quoi son approche est-elle novatrice, voire révolutionnaire pour son époque?
«Carl Rogers s’oppose à l’objectalisation du patient, au diagnostic, à l’interprétation (de type psychanalytique) et au conseil psychologique. Dès cette époque, il considère que le rôle du thérapeute n’est pas de résoudre les problèmes du client, mais au contraire de l’aider à déterminer ses propres buts. L’objectif de la relation d’aide psychologique est de permettre au client d’acquérir une compréhension de lui-même telle qu’il devient capable de résoudre ses difficultés par lui-même».
L’approche qu’il a élaborée se fonde sur plusieurs concepts-clés.
Au cœur de sa pensée, il y a la confiance inébranlable dans le potentiel de la personne, sa capacité à grandir, à trouver ses propres réponses. Chacun a en lui des ressources suffisantes pour réaliser son potentiel.
Il y a plusieurs conditions nécessaires à cette croissance, ce sont les attitudes que le/la thérapeute, l’enseignant·e, le/la travailleur·se social·e, l’infirmier·e, etc. vont incarner:
En résumé, il s’agit de manifester envers l’autre une attitude humaine, chaleureuse et encourageante où toute sa personne est reconnue afin qu’il puisse mettre en place lui-même les leviers du changement.
« Il existe un curieux paradoxe: quand je m’accepte tel que je suis alors je peux changer. »
Carl Rogers